Loi Contre la Fessée : ce que la Suède nous Enseigne

D'après l'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire, 31 pays auraient interdit les châtiments corporels. C'est la Suède qui a ouvert la marche en 1979. Et en France, où en sommes-nous ?

En 2008, le Conseil de l'Europe lançait une campagne de sensibilisation sur le thème des châtiments corporels infligés aux enfants, appelant solennellement ses pays membres à faire voter une loi interdisant la fessée.

Mais en 2009, la tentative de la députée et pédiatre Edwige Antier de faire passer une loi contre la fessée en France se solda par un échec cuisant, se heurtant à la levée de boucliers d'une opinion générale jugeant cette proposition "ridicule". Dans un sondage effectué en novembre 2011, seuls 17% des Français ont déclaré être en faveur d'une interdiction de la fessée. C'est dire s'il y a du chemin à parcourir !

Pourtant, la fessée ainsi que toute forme de punition corporelle a déjà été bannie de 22 pays européens, ce chiffre augmentant chaque année. La Suède fut la première à montrer l'exemple en légiférant dès 1979.

Or le cas suédois, avec près de 35 ans de recul, a beaucoup à nous apprendre sur cette question comme l'indiquent ces quelques chiffres :

- En 1979 lorsque la loi fut votée, 70% des citoyens suédois y étaient opposés. Vingt ans plus tard, ils n'étaient plus que 10%.

- Alors que 18% des décès d'enfants suédois étaient attribués à la maltraitance en 1970, ce taux est aujourd'hui de 0%. En comparaison en France, ce sont à l'heure actuelle pas moins de 2 enfants par jour qui décèdent des suites de maltraitance.

L'objectif de la loi suédoise n'a jamais été de criminaliser les parents contrevenants, mais plutôt de contribuer à faire évoluer les mentalités en faisant accepter l'idée que la violence ne saurait être utilisée comme méthode "éducative". Objectif apparemment atteint.

Les législateurs suédois, en se prononçant officiellement contre toute forme de punition corporelle, aussi "légère" soit-elle, avaient pour but de faire diminuer les cas de maltraitance en général, partant du principe que cette dernière ne pourrait être éradiquée que lorsque toute forme de violence physique cesserait d'être tolérée.

En effet, lorsque la législation est floue et ambiguë, comme la législation française par exemple, qui condamne la maltraitance tout en tolérant les "corrections légères" comme la fessée ou les petites tapes, cela laisse place à l'interprétation de chacun quant à la limite entre simple "correction" et violence manifeste, rendant les débordements et dérives beaucoup plus probables.

En outre, la loi suédoise ne prévoit pas de poursuites pénales pour les parents donnant des fessées. A la place, les adultes enfreignant la loi sont entendus en cour civile et orientés vers des conseillers et autres programmes d'aide, de formation et de soutien.

L'adoption de la loi s'est accompagnée d'une campagne de sensibilisation et d'information : distribution aux familles de brochures fournissant des solutions de rechange à la punition corporelle, conseils imprimés sur les packs de lait, etc…

Une loi positive donc, consistant à éduquer les parents plus qu'à les sanctionner. Et ce dans l'intérêt manifeste des enfants et des familles.

Et les petits Suédois ne sont pas plus mal élevés que les petits Français. Et pour cause, les études montrent que plus un enfant reçoit de punitions corporelles, plus il risque de développer des comportements violents.

Alors, on se le demande bien : de quoi exactement les 83% de Français opposés à toute législation anti-fessée ont-ils peur ? Et pourquoi est-il si inconcevable, dans notre pays, de faire appliquer le principe de la "tolérance zéro" s'agissant de la violence faite aux enfants, sachant qu'un adulte victime d'une simple gifle peut quant à lui engager des poursuites judiciaires contre son agresseur ?

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